Paris à l'époque de Philippe Auguste

Le mur
Les textes

La Tour de Nesles

L'enceinte se terminait donc à l'emplacement de l'Institut. Elle aboutissait à une grosse tour appelée Hamelin du nom du prévôt de Paris après la construction du rempart. Jacques Hillairet nous dit dans son Dictionnaire Historique des rues de Paris, en parlant du Quai Conti (p. 383) :

Une solide porte fortifiée, flanquée de deux fortes tours, fut percée quelque temps après dans le rempart à une trentaine de mètres au sud de la tour Hamelin : son emplacement correspond à l'entrée de la bibliothèque Mazarine dont la cage de l'escalier remplace la tour que l'on avait à sa gauche en entrant dans Paris. Il y avait donc là, en 1220, la tour et la porte Hamelin.

Alfred Bonnardot en 1851 commence sa promenade autour de l'enceinte par : P.37

La célèbre tour bâtie vers 1200, nommée dans un acte de 1210 : Tornella Philippi Hamelini suprà Sequanam, puis un siècle environ plus tard : tour de Nesle ou Neelle, en latin Nigella. Son premier nom lui vint d'un prévôt du temps ; le second, d'un hôtel contigu. Elle occupait une partie de l'emplacement actuel du pavillon oriental de l'Institut. (...) Ses deux étages s'élevaient sur une sorte de soubassement en talus que submergeaient les hautes eaux de la Seine.

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Si ce soubassement existait encore, le sol exhaussé de la place de l'Institut le cacherait probablement en entier. La tour de Nesle est sans contredit la plus populaire de toutes celles du vieux Paris. Un drame moderne a surtout contribué à établir sa renommée, car tout ce qui offre du merveilleux est adopté par le vulgaire comme une vérité incontestable. Mais le fait des prétendues orgies de Jeanne ou de Marguerite de Bourgogne, orgies dont cette tour passe pour le théâtre, est loin d'être authentique ; c'est au moins une vérité fardée par des ornements d'emprunt. Une reine quittant la nuit son palais et traversant un souterrain pour venir se livrer à des scènes de débauche que termine, à la face d'une pleine lune, le flac mystérieux dans la Seine, d'un cadavre palpitant sous un sac funèbre, tout cela est ravissant... Mais ! le froid archéologue qui se plaît à souffler sur les fables est tenté d'envoyer cette histoire sinistre au diable ... de Vauvert.

Pour mon compte, je ne prétends pas rejeter cette tradition comme purement chimérique, mais j'en trouve le récit trop vague, trop nébuleux, pour l'admettre comme un fait avéré. Il nous a été transmis par des poètes et des anecdotiers, deux sortes d'auteurs fort enclins à l'exagération (...) A nos yeux, cette tour isolée est tout simplement la tête occidentale, le donjon, si l'on veut, de la clôture de Ph.Auguste. Les plafonds des trois étages étaient formés sans doute de voûtes solides ; peut-être même ces voûtes retombaient-elles sur un pilier central. Sa plate-forme servait de poste d'observation à une sentinelle qui de là surveillait la Seine, les abords du rempart et aussi les alentours du château royal du Louvre. Les trois étages contenaient sans doute des armes et divers engins et ustensiles de guerre en usage avant l'artillerie. Telle fut vraisemblablement sa destination depuis le temps où elle s'appelait : Tornelle Philippe Hamelini, jusque vers le commencement du XVIe siècle. Sous Charles IX, on regardait déjà comme inutile cette masse noirâtre qui contrastait avec la partie neuve du Louvre ; et on la louait à des particuliers."